
Synopsis :
Basé sur l'histoire vraie de John Dillinger, un braqueur de banque hors pair qui a sévi à de nombreuses reprises dans l'Amérique des années 30. Avancé comme "l'ennemi public numéro 1" par le patron du FBI, John Edgar Hoover, Dillinger sera traqué sans relâche par Melvin Purvis, l'un des agents fédéraux des plus efficaces.
Critique : Après avoir brillé sur le grand écran (La Forteresse noire, Le Sixième sens) comme sur le petit (création de la série Deux flics à Miami), Michael Mann s'est formé une sacré réputation pendant les années 80. La prochaine décennie sera marquée sur la toile par son amour pour le cinéma policier (le super Heat en 1995) et la reconstitution de faits réels (Révélations, Ali) avant de signer Collateral, certainement son œuvre la plus populaire. Avec Public Enemies, le réalisateur ne semble pas changer d'horizon : Mann lie le policier aux faits réels. Avec son trio alléchant de têtes d'affiche, c'est un des grands rendez-vous de l'été. Rendez-vous pas manqué et rendez-vous pas déçu.

Le réalisateur semble avoir un point commun avec les gangsters de ses films : l'envie d'aller toujours plus loin, de frapper toujours plus fort. Rien que l'affiche a de la gueule : un Depp coupé court, regard ténébreux, élégance à la 30's ; bref un des meilleurs acteurs de sa génération dans la peau de l'un des plus grands gangsters de la Grande Dépression, ça ne se refuse logiquement pas. Surtout quand Christian Bale (connu pour Batman, malheureusement moins pour The Machinist ou Rescue Dawn) et notre so frenchie Marion Cotillard, étoile montante que l'Amérique a toutes les raisons de nous emprunter, l'entourent. Ce trio de tête et le savoir faire du réalisateur en film d'action et de reconstitution donnait l'eau à la bouche : le résultat ne nous fait pas ravaler notre salive. L'exposition explosive des premières minutes donne l'ambiance : une mise en scène vitaminée et une reconstitution d'époque incroyable. Depp s'impose dès le début : Mann nous fait adopter son gangster par son jeu liant détermination sans fin du fameux Dillinger ainsi que son intelligence évidente. Pas vraiment étonnant que Mann s'y identifie. La forme même du film semble lier ces deux caractéristiques : si l'utilisation de la HD divise les différents points de vue, elle permet pourtant d'incroyables possibilités de retouche graphique dont Mann ne semble pas avoir dénigré. La photographie assez claire est totalement contrastée dans les scènes de nuit, donnant une impression de noir et blanc allégé absolument brillant. Cette technique moderne parvient également à se justifier dans la psychologie même de Dillinger, ayant été indéniablement, au-delà de son image de gangster, un homme avancé sur son temps. Représentatif des nouvelles pensées psychologiques ou philosophiques de son temps en voulant d'après ses propres mots "tout et tout de suite", la pensée freudienne n'est pas loin ayant basculé l'idée du bonheur dans une approche plus épicurienne de la chose que dans le projet et le l'anticipation du futur. Véritable portrait de la modernité naissante de son époque - tout en y restant attaché de façon indéniable - Dillinger devenu personnage de cinéma se confond parfaitement dans cette forme qui elle confond de façon tout aussi paradoxale le décor studio d'époque et les moyens modernes.
Mann non seulement de proposer une forme intéressante tente au mieux d'offrir au spectateur du cinéma, Public Ennemies se révélant sur certains abords comme une déclaration d'amour sous-jacente au septième art. La scène où Dillinger manque de peu de se faire démasquer dans une salle de cinéma devient dans son audace et son ingéniosité ce qu'est l'invasion de King Kong pour le cinéma fantastique : un culte du genre. Quelques plans sont remarquables à l'image de Bale qui lors du coup de téléphone se dessine au décor de la fenêtre comme sur un 4/3 de cinéma qui l'emprisonne dans sa mission de personnage de cinéma.
Après tant d'éloges - écrites car pensant être méritées bien évidemment - on pourrait nuancer notamment avec le
défaut qui persiste dans les films toujours très masculins de Mann à savoir le traitement des femmes. Public Enemies est une nouvelle fois quelque peu maladroit malgré l'excellente interprétation de Cotillard (un regard et elle vous dit tout, c'est simple). A défaut, peut-être, d'avoir peur de tomber dans la sensiblerie, Mann fait de Billie un personnage secondaire qui aurait mérité plus de profondeur - en fait plus de place dans le film. Mais au contraire de quelques autres films de Mann pouvant tenir pour exemples, ce traitement maladroit des personnages féminin devient moins gênant grâce au personnage principal. La scène de son auto-description ("J'aime les belles bagnoles, le whisky, braquer des banques et toi") est un raccourci aussi aberrant que jouissif empêchant un romantisme pompeux. Le personnage de Bale, bien que l'acteur soit une nouvelle fois parfait, semble pourtant quelque peu gêné lui aussi par un scénario qui ne s'axe pas assez sur la profondeur des personnages secondaires au profit du principal. La scène la plus intéressante du personnage réside décidément dès le début lors de son interview, car de plus d'être bien écrite elle est superbement filmée du côté de la presse.
Le final, malgré ces petites impasses scénaristiques, est d'une émotion maitrisée. Cotillard fait à la larme près la scène du dialogue dans la prison avec Audrey Tautou dans Un Long dimanche de fiançailles. L'actrice tellement juste dans ce genre d'émotion spontanée, donne raison à Mann de faire un quasi plagia et fini son film avec le speech classique mais rendu sincère par l'émotion réussie de la scène : l'homme derrière le personnage.
En bref : Un film de gangster maitrisé et superbement interprété qui a toutes les chances de devenir un classique du genre, indémodable comme se force à le prouver Michael Mann.



Avec Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard, ...
Année de production : 2009
Synopsis : Deux ans se sont écoulés depuis que Sam Witwicky a sauvé l'univers d'une bataille décisive entre les deux clans rivaux de robots extraterrestres. Malgré ses exploits, Sam reste un adolescent préoccupé par les soucis des jeunes gens de son âge : alors qu'il s'apprête à entrer à l'université, il doit se séparer de sa petite amie Mikaela et de ses parents pour la première fois de sa vie. Il lui faut aussi tenter d'expliquer son départ à son nouvel ami, le robot Bumblebee. Sam aspire à vivre une vie normale d'étudiant, mais il doit tourner le dos à son destin pour y parvenir.Si Sam a fait ce qu'il a pu pour tirer un trait sur le conflit qui a eu lieu à Mission City et revenir à ses préoccupations quotidiennes, la guerre entre les Autobots et les Decepticons, tout en étant classée secret défense, a entraîné plusieurs changements. Le Secteur 7 a ainsi été dissout et son plus fidèle soldat, l'agent Simmons, a été révoqué sans ménagement. Résultat : une nouvelle agence, NEST, a été mise en place...
Critique : On ne présente plus Michael Bay : en 1995 Bad Boys le propulse dans la renommée hollywoodienne : s'en suit alors des succès mondiaux (The Rock, Armageddon, Pearl Harbor, The Island...). Deux ans auparavant, il réalisait un rêve de gosse : réaliser un blockbuster sur les transformers, robots extraterrestes divisés entre la protection de la race humaine et sa destruction. Suite à l'énorme succès populaire du film, une suite s'imposait presque auprès des fans. Les voilà servis avec ce deuxième volet encore plus explosif, encore plus hallucinant, encore plus, encore plus comme l'exige l'entreprise hollywoodienne : en gros ne jamais s'arrêter dans le progrès.
Mais forçons l'arrêt. S'il semble stérile de ne voir dans le progrès technique qu'un avenir néfaste au cinéma, il ne faudrait pas non plus en faire une valeur absolue. D'une façon pas du tout étrange et même plutôt prévisible, Transformers 2 impose un certain paradoxe : car si Michael Bay ne cherche en aucun cas à faire un film qui fasse réfléchir son spectateur, il serait quand même pas mal de
récupérer son cerveau à la sortie de la salle pour avoir un certain recul. Il faut l'avouer, le premier volet des Transformers a impressioné : bien qu'elles soient purement techniques, les intentions du film étaient bien réelles, à savoir proposer au spectateur un spectacle divertissant, comme il connait, spectaculaire, comme il n'avait jamais eu. Bay a réussi son pari. Par le succès populaire de ces films, le blockbuster s'impose comme genre à part entière. Le problème c'est que certains films à gros budget se démarquent des autres par une intelligence qui ne consiste pas à montrer au spectateur ce qu'il veut voir - pour ça Bay est un surdoué - mais qui consiste à être partagée. Le premier volet de Matrix a ébloui tant par ses novations techniques que son propos philosophique par exemple. The Island de Bay s'inscrit également dans ces blockbusters "intelligents" : même si le "entertainment" triomphe avant tout, le film réussit à parler de notre monde en condamnant le progrès pour le progrès. Fond étonnant pour ce réalisateur qui semble pourtant au fil de sa carrière, avec cette suite des Transformers, tomber justement dans le progrès gratuit. Il est bien entendu technique, les effets spéciaux dépassant des sommets.Pendant 2h30 ça se bastonne et ça explose, le travail énorme des truquistes et de tous les informaticiens s'évaporant au fil des minutes passées. Là où le premier volet proposait un peu de légereté à quelques moments, le deuxième n'arrive pas à se calmer. Absence totale de scénario, l'intrigue incompréhensible qui se résume à aller chercher une sorte de lanterne magique d'Aladin en plein désert egyptien est un pur prétexte à montrer des scènes d'action à couper le souffle, une baston de robots en plein site historique. Il existe "avoir les yeux plus grands que le ventre" mais ici Bay semble au contraire avoir bien trop de ventre (les moyens financiers et donc techniques) et pas assez d'yeux (incohérence et inutilité scénaristiques totales). A force d'aller toujours plus loin dans l'adrénaline, Bay oublie qu'il fait un film et non pas un jeu vidéo. Le premier volet proposait finalement un fond - certes récurrent dans le cinéma hollywoodien moderne - reposant sur le progrès dans la machine (à force d'avancer, on se fait griller par nos propres inventions, c'est la base de tous les films futuristes pratiquement). Dans cette pétarade totalement confuse n'offrant de l'action que pour l'action, Transformers 2 bascule malgré lui dans une triste mise en abyme : alors que la machine
détruit l'homme, ici elle détruit tout l'intéret que peut avoir le cinéma. Transformers 2... ou comment créer une forme qui détruit le fond.Incapable de cutter après deux secondes de plan, l'effet clipesque même dans des séquences sans action (champ contre champ classique par exemple) s'impose et lasse. L'humour du premier volet devient encore plus gras : pipi caca cul cul, tout ce qui est en dessous de la ceinture ça fait rire alors on met le paquet. Vulgarisant l'image du père du héros en pale remake du père de Jim à la American Pie, la mère en co-conne qui se fait claquer les fesses, et misant tout dans la vanne du siècle ("je suis sous la croupe du robot"), Bay se plante complètement. Seule touche d'humour réussie : le petit robot, quasiment plus humain que les autres personnages. Shia LaBeouf, à la fois belle gueule et anti héros adolescent, fait ce qu'il sait faire au risque de commencer à lasser. Megan Fox est l'attraction sexuelle du film : le premier plan bimbo sur la moto vous rendra toutes jalouses. Ne le soyez pas trop, Bay fait de cette magnifique actrice, certes, un produit de consommation caractérisée par 21 Guns des Green Day dont le premier couplet commence par "Est-ce que tu sais ce pour quoi il vaut la peine de se battre" ; comme si le "ce pourquoi" c'était la chose qu'elle est. Oui la "chose". Ironique ?
En fait, pas grand chose à sauver qui serait digne de réel intérêt. Mais une nouvelle fois, Michael Bay n'est-il pas le plus malin en offrant au spectateur ce qu'il veut voir ? Dommage que cela soit si pauvre et heureusement que le cinéma américain moderne ne se résume pas à ça. Espérons juste que ce Transformers ne sera perçu comme une réelle "évolution" alors qu'elle n'est que purement technique ; en aucun cas esthétique, encore moins cinématographique.
En bref : Un deuxième volet qui ravira les amateurs du genre, et rendra exaspérés les réfractaires. Plus spectaculaire (c'est sûr) mais encore plus con (c'est tout aussi certain).




Synopsis :
Israël, 1991. Toute la famille Ohaion pleure la disparition de l'un des siens. Fidèles à la tradition, les proches sont censés se réunir dans la maison du défunt et s'y recueillir pendant sept jours. Alors que chacun semble se plier à la coutume, la cohabitation devient de plus en plus pesante. Contraints de se supporter jour et nuit, frères et soeurs ne tardent pas à laisser l'amertume et les disputes prendre le pas sur le recueillement. L'atmosphère devient bientôt irrespirable et les vérités enfouies depuis longtemps remontent enfin à la surface...
Critique : L'évolution entre leur premier film, Prendre femme et Les 7 jours, est à l'image de la volonté des réalisateurs. Ces deux films sont un même regard sur la société israélienne, avec toutefois une évolution de l'intérieur vers l'extérieur. Prendre femme s'installait dans un contexte plus resserré : Vivianne, oppressée, cherche dans le film à revendiquer sa liberté, à l'image de toutes les femmes d'Israël, dévalorisée par les codes de la religion qu'elles revendiquent. Après s'être intéressés à la place de la femme dans la société israélienne, Ronit et Shlomi Elkabetz continuent avec Les 7 jours de se placer comme les portes paroles de leur civilisation au cinéma. Pour cause, ils reprennent leur deux protagonistes, Vivianne et Eliahou, pour les insérer ici dans le contexte familial, point très important dans les codes juifs également. De la même façon que les deux personnages s'insèrent dans un groupe d'autres personnages, le discours passe du précis à la généralité, du féminisme à l'état général d'une population né dans le malheur et qui peine à y ressortir. Le but des réalisateurs n'est ni de valoriser leur origine ni de la dévaloriser : portes paroles donc, ils dressent un portrait symbolique, la famille représentant le peuple, les murs de la maison des frontières encombrantes. La sobriété de la mise en scène est rendue par la succession de plans séquences aux focales larges, tantôt trop ce qui perturbe les personnages qui cherchent leur repère, tantôt pas assez pour y regrouper toute la famille les personnages tentant alors de se
démarquer, sortir de l'étouffement. Ce choix artistique entraine un certain recul, un point de vue plutôt objectif. Tout comme les plans séquences rendent l'action des personnages et les dialogues plus intenses, cette concentration du sujet par une famille comme microcosme d'une socité rend plus vivants les problèmes que soulèvent les réalisateurs.Argent, simples considérations humaines... ces problèmes sont comme des tares, du poison qui gagne peu à peu les veines du groupe. La principale explication est le manque de communication : les personnages se parlent beaucoup, se comprennent moins souvent. Et même quand il y a un problème, la solution est de ne plus se parler du tout (entre Viviane et Simona principalement). La scène de la baffe est remarquable dans le sens qu'on peut lui donner vis à vis de ces remarques : la patriarche fait comme donner une véritable leçon à ses successeurs en leur apprenant que la vérité et la sincérité se trouve parfois dans le silence et le respect de chacun. Ces frères et ces soeurs sont des enfants à l'image du peuple israéliens, le problème est que de temps en temps il serait bon que leurs prédécesseurs les ramènent là où il faut, là où la violence verbale ou physique n'est pas un remède, là où la parole est réfléchie et ne blesse pas gratuitement sur le coup de certaines émotions telles que la vengeance où les représailles.
Pour autant, les réalisateurs ne font pas une présentation purement et simplement pessismiste. Il y a même - au delà de la sobriété de la forme - une certaine tendresse dans le regard adressé. Ce sont par exemple lors de ces moments de légèreté entre les femmes dans la cuisine, la scène des ronflements la nuit... Le but n'est pas de montrer que l'homme est originellement mauvais mais qu'il est simplement parfois aveuglés par des codes. La femme est encore au coeur du sujet : à la fois le regard sur elle est tendre (l'histoire d'amour) et le regard de l'homme est parfois dur
(lorsque Jacques touche impunément sa femme et lui dit qu'il ne pourra la respecter que quand elle lui aura donner un enfant). Les problèmes sont essentiellement éthiques : les remettre en question est certainement la chose la plus difficile à faire, l'homme ayant toujours du mal à prendre du recul sur ses principes. Mais c'est possible, l'homme ayant toujours un jour ou un autre besoin de son prochain : ce sont par exemple les cris de Simona de dehors lors de l'attaque juste après la violente dispute.Périlleuse, la mise en scène tient ses promesses particulièrement grâce à de très bons comédiens. Le jeu convainquant rend donc cohérente une mise en scène qui lie parfaitement la forme au fond. Finalement, les réalisateurs utilisent les mêmes ingrédients que leur précédent film qui en avaient fait sa richesse : personne d'autre n'est plus apte à témoigner d'un objet qui le touche directement. Ici, c'est la famille et l'Israël - le premier symbolisant l'autre. Intense, difficile, cruel dans l'approche distancée de la caméra, Les 7 jours est un peu un film portrait où la fiction est un moyen de représenter très largement quelque chose de rationnel, en l'occurence la société israélienne qui n'en a définitivement pas finit avec ses vieux démons.
En bref : Sincère, toute en démonstration (ce qui peut ne pas convaincre tout le monde), Les 7 jours est une œuvre maitrisée et pertinente, qui se voudrait virulente et qui le devient dans sa puissance émotionnelle. Rare donc précieux.



Parution dans Abraham Lincoln: Vampire Hunter - 3D, Big Eyes, Dark Shadows





